Étienne Daho, l’art est sa raison

Étienne Daho

Pour relancer en douceur la publication sur ce site, voici un article sur Étienne Daho que j’avais écrit après la lecture de sa biographie. Le livre s’intitule « Étienne Daho – Portraits et entretiens » de Benoit Cachin. Daho, portrit et entretien

Moi fan de Daho ? Vous plaisantez ?

Étienne Daho est un artiste à part. Pour tout français, il fait partie des meubles. Je ne me suis jamais considéré comme un vrai fan. C’est en lisant sa bio que j’ai pris conscience du rôle qu’il a joué dans mon univers musical et plus généralement dans ma vie.  Je commence seulement à réaliser l’influence qu’il a eue sur la chanson française. Pour prendre la mesure de cela, il faut se replacer dans le contexte. En 1981, Daho sortait son premier album Mythomane. Sur la scène musicale, il y avait les chanteurs de variété d’un côté et de l’autre des figures plus rock comme Téléphone, Trust, les Bérus ou Renaud.

Le prince de la pop française

Grand admirateur à la fois de l’époque des Yé-Yés et des Velvets, Daho a su se faufiler entre les clivages musicaux de l’époque pour se créer une place et un son à part. Et ce faisant, il a ouvert la voie à toute une génération qui ne se reconnaissait ni dans la musique contestataire, ni dans la variétoche. Aveuglés par sa facilité à pondre des mélodies et des textes qui restent gravés dans nos crânes, nous ne nous sommes pas aperçus que Daho a peut-être créé un nouveau genre : la pop française. Je me rappelle avoir grimacé à l’écoute de l’album Eden en pensant que ce pensionnaire d’Ibiza voulait rajeunir sa musique en surfant sur la vague électro. J’avais juste oublié qu’Étienne faisait déjà joujou avec les synthés et les boites à rythmes bien avant que les « Frenchs se touchent ».

Le cousin du français moyen

Si Sheila est la petite fille du français moyen, Daho en est son cousin breton. Sa musique ne véhicule pas une dimension collective. Quand on pense à Téléphone, on repense tout de suite aux soirées à se déchainer sur « Ça, c’est vraiment toi ». Avec les Ritas, on se rappelle les trajets en voiture avec des potes à hurler sur « Marcia Baila » ou à chanter « C’est comme çaaaaaaaaa, la la la la laaaa ». Mais Daho, ça s’écoute en solitaire, au walkman ou devant un clip sur M6 pendant qu’on fait ses devoirs l’après-midi.

La bande-son de ma jeunesse

Pour moi, la musique de Daho est associée à des images, des désirs, des choses intimes et probablement inconscientes. Adolescent, du fond de ma banlieue morose, j’entendais:

Je n’attends vraiment rien, je viens pour y lire des bouquins Artaud, Miller puis faut qu’j’aille Traîner sans raison, traîner sans raison

et je commençais à rêver de la vie parisienne. Cette culture de l’insouciance pour insouciants cultivés à laquelle j’aspirais. C’était aussi l’époque des amours secrets et idéalisés :

J’fais un vœu le feu d’un duel au soleil Je rêve d’un duel avec toi Prise au piège tu te rendras Provoc et duel avec toi

Puis sa musique a accompagné les premiers émois et les premières déceptions amoureuses :

C’est le feu et la soie C’est le vent qui court sous la peau Et c’est t’apprendre avec les doigts qui me rend tout chose

Me garder en toi le souffle court figer la pose Les yeux noyés comme deux mutants sous hypnose

Le spleen existentiel avec « Heures hindoues », les grandes remises en causes avec « le premier  jour du reste de ma vie ».  La plénitude et la découverte de soi avec l’album « Corps et armes ». Année après année, Étienne m’a offert la bande-son et les sous-titres qui ont accompagné les évènements marquants de ma vie d’homme, la paternité mise à part. Daho est comme un prompteur qui vous souffle votre dialogue lorsque vous êtes perdu sur la scène de votre propre existence. Lorsque les mots vous manquent pour dire ce que vous ressentez.

Une bio indispensable si vous avez 40 ans

Le livre de Benoit Cachin fait presque 600 pages avec des interviews d’Étienne et de toutes les personnes qui l’ont côtoyées. Même si vous n’êtes pas un fan de l’artiste, il s’agit d’un témoignage exceptionnel. On pourrait même parler de livre d’histoire tant il nous fait revivre les années 80 et 90 à coup de flashbacks plus vivants que nature. On se remémore les premières radios libres, le début de Virgin France, le magazine Actuel, l’émission Platine 45 et tout cela dans leur contexte. C’était avant internet, avant les écrans plats, avant les téléphones portables, avant les dérégulations, avant la chute du mur, avant les vlibs, avant que Paris ne devienne un grand parc hôtelier. Il n’y a pas à dire, c’était mieux avant. Je vous laisse sur ma reprise de la chanson « Ouverture ».

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